Éditorial n° 25 du 30 septembre 2017

Le chiffre, de l’outil au tyran

Quel est le point commun entre le prophète stérile Apple, la novlangue néo-libérale et la suprématie contemporaine des sciences dites « dures » ? L’anesthésie générale du sentiment humain. Soyez innovants, mais surtout pas originaux. Soyez libérés au travail, mais surtout pas du travail. Intéressez-vous aux mécanismes de la réalité matérielle – au comment – mais surtout pas à son sens – au pourquoi.

Oui, la sensibilité est en deuil. Nous avons perdu la poésie du monde. Et, à travers elle, une partie de la perception du monde. L’individualité se désagrège dans le collectif individualiste. Le jargon remplace la rime, la technique supplée l’art, la connaissance se substitue à la culture. Nous traversons un âge d’or singulier, l’âge plaqué or du cerveau qui humilie le cœur, si tant est que cette dichotomie soit pertinente. La lutte des classes, avant d’être une question sociale, est une lutte cognitive : pour asseoir son invraisemblable légitimité, l’oligarchie financière a imprégné les esprits d’un faux-ami. Un prisme déshumanisant fondé sur le mythe de la rationalité moderne, à savoir le culte arithmétique.

Il suffit de le constater autour de soi. Alors que depuis son invention au Moyen Âge, la comptabilité se contentait de rappeler les commerçants à leurs responsabilités, sa réforme des années 1990 a épaissi les bordures jusqu’à, progressivement, remplir le cadre tout entier : le contenant est devenu contenu. Du totem du « bac S » à la surmédiatisation des « experts », la réputation du chiffreur s’est construite au détriment de celle du lettré : plus que jamais, les bons comptables font les bons amis. Et si pensée il y a, elle ne sera prise en compte qu’en tant qu’instrument d’influence, de calculs. Une somme de vues, de partages, de commentaires, d’audimat 2.0 : la viralité, condition préalable de la crédibilité. L’idée n’existe plus en tant que telle et fait désormais corps avec son canal de communication. Dans le cas contraire, c’est-à-dire dans l’extrême majorité des cas, les penseurs seront considérés comme de simples « illuminés » pratiquant le loisir d’un autre temps : la « masturbation intellectuelle ».

De même, le nombre est perçu pour ce qu’il n’est pas : un indicateur prétendument objectif. Un programme non chiffré (ou qui s’écarterait simplement de dogmes tels que la croissance ou la réduction de la dette publique) est ainsi taxé de tous les maux : insincère, fantaisiste, voire irréalisable.

Mais le règne absolu des chiffres arabes a besoin d’un bras droit, celui de la traçabilité : rien ne doit s’opposer au recensement des petits riens, c’est pourquoi l’inquantifiable se confond avec l’inqualifiable. Une fois toutes les logiques – autres que financières – écartées, le devoir d’inventaire succède au droit d’inventaire. La critique est en effet neutralisée : quelle parole de mortel prétendra rivaliser avec l’exhaustivité froide de l’énumération mécanisée ?

C’est ici que le second adjoint entre en jeu. À partir de ces données arrachées au réel, le benchmarking hiérarchisera, flattera quelques-uns afin de dénigrer fatalement tous les autres. Comparaison, même absurde, devient raison : un plan unique, mais chacun à sa place. Niveler pour mieux déniveler ; compétitivité oblige !

Alors, changeons de compétition. Lorsque les comptes – ce nerf de la guerre – tiennent lieu de guerre à part entière, une trêve s’impose. Y résister, c’est d’abord s’assumer en tant qu’être individuel avec une histoire, une personnalité, une idéologie, des rêves et des craintes, toute cette part mouvante et sublime qui nous distingue des machines censées servir l’humanité… et non l’inverse. Demandons-nous ensuite : le rationalisme comptable est-il le moteur, ou le frein du développement humain ?

La réponse des Misérables n’a pas pris une ride : « la poésie d’un peuple est l’élément de son progrès. La quantité de civilisation se mesure à la quantité d’imagination ». Quand nous extrairons-nous du cynisme et du fatalisme ambiants ? Quand l’émulation, la coopération et la solidarité – dont l’efficacité n’est plus à prouver – auront-elles enfin du crédit à nos yeux ? Quand prendrons-nous exemple sur le génie créatif, la beauté imaginative, l’infinie curiosité des enfants, avant que notre société ne les éteigne cruellement ?

La vérité est sauvage : plus une élite armée de certitudes cherchera à la capturer d’un seul coup, moins elle se montrera docile. Ne craignons plus de l’apprivoiser à main nue par un voyage intérieur (l’art) comme extérieur (le débat). À bas la statistique ; vive la dialectique !

 

Giuseppe

www.laplumedegiuseppe.weebly.com

 
Commentaires (3)

1. WilliamCuh (site web) 28/11/2017

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2. NLBizGrice (site web) 10/12/2017

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3. NLBizGrice (site web) 15/12/2017

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